Introduction

Introduction

     D'où vient-il, ce Boris Mestchersky à la haute stature, à l'oeil limpide, à la barbe de doux prophète, pèlerin nostalgique d'un paradis perdu? Ses premières leçons de peinture, il les a reçues de sa mère, la princesse Vera Nikitchina Mestchersky, artiste consacrée, issue de vieille noblesse russe. On trouve d'ailleurs des Mestchersky dans le Gotha sémite.
   La grande émigration blanche de 1919 conduisit la famille en Belgique.Le petit Boris naquit à Liège, où plus tard, il sera l'élève de lecole des Beaux-Arts Saint-Luc, encouragé dans ses progrès par son beau-père, le réputé critique d'art espagnol, Ramon Faraldo. Grâce à lui, il connut le soleil de lEspagne, dont le souvenir irradie encore ses tableaux, prélude à celui qui l'éblouira tout autant au Guatémala et au Mexique.Sa jeunesse ne fut qu'une incessante, et parfois éprouvante pérégrination.
   Depuis 1997, ce nomade s'est quelque peu sédentarisé dans un coin sauvage de la Province de Liège, à proximité de la forêt, au bord d'une rivière torrentueuse. Il habite une gare désaffectée dont les rails encore intacts le relient aux lointains. Et c'est un beau symbole, pour ce fanatique du symbole. Sa peinture résume en effet ses appartenances et ses errances, reflète la culture des pays où il a voyagé. Toute son histoire y est inscrite, y compris celle de ses gènes et de son cheminement intime.
   Dans l'exubérance décorative, si caractéristique de sa manière, il y a sans nul doute une influence orientale, inhérente à l'art russe. Une vie telle habite le tourbillon des formes qu'elle semble parfois engendrer le chaos. Catharsis peut-être, exorcisant l'artiste des bouleversements, géographiques et affectifs, qui ont perturbé son enfance.
   Mais le trouble n'est suscité que pour rendre plus éclatant le triomphe de l'équilibre et de la paix. L'oeil du spectateur, d'abord chaviré, découvre vite un point de fixation. C'est souvent, dans le foisonnement abstrait du décor, une figuration discrète, humaine ou animale. Et on l'a deviné, elle est toujours, à quelque niveau, porteuse de symbole.


   Beaucoup de titres de tableaux nous orientent vers des sujets bibliques. Comment cet exilé et cet errant ne serait-il pas en consonance avec le peuple de l'exode, qui n'a cessé de goûter aux fruits amers de l'exil? Indépendamment de frappantes analogies plastiques, cet univers intensément religieux, si pas mystique, ne peut que faire penser à celui de Chagall.
   Il nous parle d'espérance et de joie. Et la fraîcheur des couleurs vives prennent alors tout leur sens. De même, la souveraineté de la lumière, non pas physique, émanant d'un foyer précis, faiseuse d'ombre, mais répandue sur toute la surface de la toile, affective, spirituelle. La seule part d'ombre est suggérée par le fond du tableau, de teinte plus sombre, et elle est rejetée à l'arrière-plan.
   Telle cette peinture faite de pureté, de douceur, de candeur, de poésie aussi, dans la mesure où la poésie est aspiration à coïncider avec la totalité du monde. Suffisamment reconnue pour permettre à son auteur d'en vivre, modestement, mais il importe qu 'elle le soit davantage, et elle le sera. La poupée, le jouet, l'enfance y tiennent de plus en plus de place. Qui peut résister à l'enfance, la vraie, qui n'est pas mignardises, mais ouverture inconditionnelle au monde?
   Prenez le chemin de la petite gare rénovée, au bord de sa mugissante rivière. Frappez à la porte, et soyez sûrs qu'elle s'ouvrira. Pour vous accueillir, en plus du maître de maison, de sa femme, Nada Ursa, peintre elle-même, inspiratrice de son époux, de son jeune frère Anastasio, il y aura deux chiens et un chat. Fouillant l'amoncellement de livres qui fait pendant aux tableaux, vous tomberez certainement sur une bible et quelque Dostoïevski. Seule la sonnerie du téléphone troublera la paix champêtre.
C'est que Boris, Nada et Anastasio ne peuvent vivre sans bêtes, sans livres, et sans amis.
   Vous en êtes, avant même que vous ne fassiez leur connaissance. De leur petite gare des rendez-vous, ils écoutent le monde. Nous sommes au coeur du monde.

Jacques HENRARD

Boris et ses amis


mestchersky